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« La vigne, le vin, sont de grands mystères. Seule, dans le règne végétal, la vigne nous rend intelligible ce qu'est la véritable saveur de la terre. » écrivait Colette.
Des rangées de barriques alignées en perspective qui patientent dans la pénombre. Voilà l’image qui nous arrive quand on pense à un chai viticole.
Derrière ses murs épais et ses petites ouvertures, ce bâtiment garde le secret de l’alchimie du raisin en vin.
Aujourd’hui, le métier de vigneron se transforme : à la production s’ajoutent de plus en plus l’accueil du public et la dégustation du vin.
Réhabiliter son chai, c'est composer avec cette histoire du lieu sans la trahir, tout en lui donnant un nouveau souffle.
Alors, comment ouvrir ce lieu de travail à la rencontre, sans qu'il perde son âme ?
Comment un chai trouve-t-il sa juste place dans le paysage ?
Dans son guide consacré au bâti agricole, le CAUE du Gard recommande de penser le bâtiment à partir du paysage existant, au risque d'en abîmer l'identité. Un hangar standardisé peut vite rompre avec l'harmonie du décors et l’image du domaine.
Le chai porte en lui cette responsabilité : donner à voir le terroir et le geste qu’il abrite sans pour autant s’imposer.
Comment, alors, trouver cette justesse ?
C'est à ces enjeux que j'ai dû me confronter au Domaine La Clausade, domaine viticole biologique. J'ai créé un chai à l'architecture sobre, pensée pour la production et la dégustation. À ses côtés, j'ai réhabilité le mas en maison de vacances, en préservant son caractère rural, pour qu'il accueille aujourd'hui cinq logements et une salle de réception. Vous pouvez découvrir ce projet plus en détail ici.
Mon approche reste contemporaine, mais elle se nourrit toujours de ce que le lieu propose déjà.
Quel savoir-faire se niche dans la réhabilitation d'un chai en Occitanie ?
Avant de poser la première pierre, il faut d'abord regarder celles qui sont déjà là.
Le CAUE du Gard le rappelle : dans cette région, la pierre calcaire reste le matériau de référence du bâti viticole, assemblée au mortier de chaux et recouverte d'un enduit lissé qui la protège. Prélevée sur place, la terre donne sa teinte à cet enduit. Le bâtiment se fond alors dans son environnement, presque par mimétisme.
Selon Le Moniteur, un média spécialisé dans le BTP, cette même pierre du Gard est aujourd'hui prisée pour la construction de caves viticoles jusque dans l'Hérault, et a notamment contribué à la réhabilitation de plusieurs chais autour de Montpellier.
Mais ces pierres, encore faut-il savoir les tailler et les poser.
Ces savoir-faire ne s'inventent pas : ils se transmettent d’artisans en artisans dans un dialogue constant avec l’architecte.
Comment la dégustation transforme-t-elle l'expérience du chai ?
Pousser la porte d'un chai, à l'occasion d'un événement ou pour une simple balade et comprendre, verre en main, ce que l’on s'apprête à goûter.
Voilà une expérience qui laisse rêveur…
Les chais prennent aujourd'hui une autre dimension : ils deviennent des lieux d'accueil et leur architecture s’adapte à ce nouveau destin.
Les petites ouvertures deviennent de grandes baies vitrées, tournées vers les vignes. Des salles de réception et de dégustation s'ajoutent aux pièces qui recèlent cuves et tonneaux, prolongées parfois par une terrasse qui regarde le paysage.
Dans l'Hérault, une cinquantaine de domaines ont été accompagnés pour aménager leurs espaces d’accueil, dans le cadre de l'Oenotour.
Colette avait raison : goûter un vin reste la façon la plus simple de comprendre une terre. Et le chai en est le pont.