capela-laborde

design.architecture.urbanisme

Quand l'architecture contemporaine crée le vide pour laisser l'art s'exprimer

Quand l'architecture contemporaine crée le vide pour laisser l'art s'exprimer

Quand l'architecture contemporaine crée le vide pour laisser l'art s'exprimer

 Galerie Bremond Capela Paris, espace d'exposition contemporain, Hugo Capela-Laborde architecte

Un espace vide, c’est une décision. 


Il m'arrive souvent, sur un chantier, de retirer plutôt que d'ajouter. Une cloison qu'on efface, une surface qu'on laisse nue. Ce geste surprend parfois mes clients. Pourtant c'est là que tout se joue. Le vide, c'est un choix que je fais pour laisser respirer ce qui compte vraiment. 


Créer du vide demande autant de rigueur que remplir un volume.


Mais alors, comment trouver ce juste équilibre qui permet de laisser ce vide s’exprimer ? 


Pourquoi l'architecture contemporaine devient-elle un écrin pour l’art ?


On a souvent en tête que l'architecture doit se faire remarquer pour exister pleinement. Comme si sa présence visuelle la rendait légitime. 


Pourtant, certains lieux, certains moments, appellent un autre geste. L'architecture se retire pour laisser la place et donner à voir. Elle devient un écrin qui révèle l'œuvre plutôt qu'un décor qui l'entoure. 


Et c'est dans ce vide que l’architecture contemporaine trouve sa juste place, celle qui accueille.


Une œuvre d’art a besoin d'espace pour exister. Un espace épuré, débarrassé de toute concurrence visuelle, où le regard reste centré et pleinement disponible au message qu'elle transmet.


Sur certains projets, mon rôle d'architecte change. Je ne construis plus un décor, je construis une condition d'apparition. Je dois renoncer à certains de mes réflexes pour me concentrer sur ce que l'œuvre exige.


Comment le vide devient-il un outil de mise en scène ? 


Créer du vide ne s'improvise pas. 


Réduire un volume, dégager une perspective, chaque décision modifie la façon dont le regard circule dans la pièce. 


L'écrivain japonais Jun'ichirō Tanizaki décrivait cette idée avec justesse dans Éloge de l'ombre : selon lui, les artisans japonais parvenaient à donner une valeur esthétique supérieure à un espace rigoureusement vide, mieux qu'à n'importe quel décor chargé. 


Cette intuition guide encore aujourd'hui certains choix d'aménagement. Sur un projet de galerie, je pense l'espace comme une matière à sculpter en creux. La lumière naturelle et l'orientation des volumes deviennent des outils au service d'une seule intention : préparer le regard avant même que l'œuvre n'apparaisse. 


Quel rôle joue l'architecte dans ce dialogue avec l'artiste ? 


Travailler pour un lieu dédié à l'art transforme ma manière de concevoir. 


Je compose avec une intention plus grande, celle de l'œuvre à venir et du galeriste.


Ce fut le cas pour la Galerie Bremond Capela, à Paris. Le projet demandait de conjuguer une architecture actuelle avec l'histoire du bâtiment existant. J'ai pensé chaque volume comme un support silencieux, capable d'accueillir des artistes très différents sans jamais leur imposer un cadre trop marqué. 


Le vide n'a rien d'un renoncement, il porte sa propre exigence. 


Comme l'écrivait Tanizaki, la beauté naît parfois d'un espace qu'on laisse simplement respirer. 


Hugo Capela-Laborde, architecte HMONP basé à Montpellier, conçoit des espaces contemporains où le vide devient un outil au service de l'art et de l'œuvre.